Avec une sélection d’auteur(e)s autochtones, la collection Talismans nous invite à découvrir des destins fracassés par l’Histoire. Pour mieux comprendre les conséquences de la colonisation et du racisme ordinaire dont souffrent les descendants des Premières Nations en Amérique du Nord. Comment survivre à ces violences telles que la dépossession des terres, l’acculturation forcée, le rapt des enfants, le placement dans les pensionnats ou dans des familles d’accueil et aujourd’hui, la disparition des femmes autochtones ? Au delà du récit des faits et de leurs conséquences, les auteurs partagent aussi une vision du monde éminemment poétique et proposent un voyage intérieur dans notre propre humanité.
De quoi enrichir et agrandir notre horizon. Désormais les nouvelles générations « amérindiennes » racontent la souffrance des Aînés, la désespérance des jeunes et, plume en main, nous livrent leur propre récit. La tradition orale s’est métamorphosée en littérature pour mieux décoloniser la pensée.
Félicitations aux éditeurs, pour leurs choix éditoriaux et graphiques, de grande qualité.
Les Premières Nations du Québec mais aussi, plus largement, de l’Amérique du Nord, sont à l’honneur pour la édition du festival. Des temps forts, de témoignages en signatures en passant par les tables rondes et les projections de film. Des coups de coeur, des découvertes, des rencontres.
Saluons la présence de Joséphine Bacon, l’infatigable poétesse de Pesamit, qui raconte en quelques mots » simples « ( sic) la réalité du territoire, des esprits qui l’animent, de la vie nomade et de la quête d’horizon. » Au début j’ai commencé à écrire pour les aînés, parce qu’ils ne savaient pas lire et écrire ni en anglais ni en français. Il fallait garder les mots avant qu’ils ne s’envolent de notre mémoire. Aujourd’hui j’écris pour les jeunes, pour que la langue ne meurt pas. »
Pour marcher ensemble vers le nutshimit, ce mot intraduisible » qui ne se met pas au possessif » et qui signifie la terre, l’origine, le lieu de toutes choses, la nature.
Le documentaire intitulé » Je m’appelle humain » réalisé par Kim O’Bomsawin en 2020 est projeté au théâtre Chateaubriand devant une salle comble et un accueil de la protagoniste en » standing ovation « . Une émotion palpable chez les spectateurs touchés par le portrait de cette femme remarquable et l’universalité de ses propos, qu’ils concernent le lien à la Terre, à la mémoire ou, plus généralement à l’être humain.
Une jolie déclaration d’amour chanté par un autre invité, Witi Ihimaera, écrivain maori de Nouvelle Zélande, fou d’admiration pour Joséphine et son regard limpide sur le monde.
Son dernier ouvrage » Bravoures » raconte la violence et l’intolérance des sociétés patriarcales et du rôle primordial des femmes de l’ombre.
A leurs côtés, un autre auteur anglophone, Brandon Hobson, venu de l’Okahoma pour parler de son dernier roman » Dans l’écho lointain de nos voix « , traduit et publié par Albin Michel. En s’appuyant sur un fait réel, un jeune Cherokee tué par la police, l’auteur imbrique le passé au présent, pour évoquer l’histoire de son peuple forcé à se déplacer pour céder ses terres aux colons. En 1838-1839, les Cherokees sont déportés en Arkansas puis en Oklahoma : cet épisode est connu sous le nom de « Piste des larmes » Sur les dix huit mille Cherokees exilés, environ 4000 sont morts en chemin.
En invitant des écrivains autochtones, le festival nous permet d’entendre d’autres voix pour parler du territoire, de la mémoire et de l’identité.
Celle de la poétesse innue, Joséphine Bacon, qui évoque avec tendresse et nostalgie son territoire ancestral. Dans son dernier recueil de poésie bilingue, Kau minuat – Une fois de plus (Mémoire d’Encrier, 2023), elle confirme son talent de passeuse de la culture et de la mémoire autochtone d’Amérique du Nord. Avec humilité, simplicité et sagesse, celle que l’on surnomme “l’aînée des poètes” rend un hommage aux arbres et au vivant, nous rapprochant de l’essentiel et de la beauté. »
» Poètesse innue originaire de Betsiamites, réalisatrice et parolière, Joséphine Bacon signe une œuvre poétique d’une grande puissance saluée dans le monde entier. Elle est l’auteure, entre autres, du recueil Uiesh – Quelque part (Mémoire d’Encrier, 2018), qui remporte les Prix des libraires et Voix autochtones 2019, et de l’anthologie sur la jeunesse innue Nin Auass – Moi l’enfant (Mémoire d’Encrier, 2021), adaptée en documentaire.
Parolière et auteure des textes d’enchaînement du spectacle de Chloé Sainte-Marie Nitshisseniten e tshissenitamin, Joséphine Bacon a été invitée en Colombie, en France, en Russie (Moscou), en Arménie et en Haïti. Elle a reçu de nombreuses distinctions, participe régulièrement à des spectacles de poésie et collabore à des revues québécoises, européennes, tahitiennes, etc.
Joséphine Bacon enseigne l’innu-aimum depuis plus de 40 ans et donne de nombreux ateliers d’écriture et conférences dans les universités, les cégeps et dans plusieurs communautés autochtones comme Pessamit, Escoumins, Pointe-Bleue, Natashquan, Obedjiwan, Sept-îles et Odanak. Parallèlement, elle travaille à diverses traductions de l’innu-aimun vers le français.
Du côté du cinéma, Joséphine Bacon participe comme traductrice et voix off à des documentaires et courts métrages, dont ceux du cinéaste Arthur Lamothe. Elle a réalisé Tshishe Mishtikuashisht – Le petit grand européen (Johan Beetz, 1997) et Ameshkuatan – Les sorties du castor (1978). Joséphine Bacon a aussi participé aux treize émissions de la série télévisée Mupu (2002), la série Carcajou Mikun, Finding our talk, avec les productions Mushkeg Nutaq, et Innu-Assi – avec les productions Manitu. » ( extrait du site de l’éditeur)
Bibliographie
Kau minuat – Une fois de plus (Mémoire d’Encrier, 2023)
Nin Auass – Moi l’enfant (Mémoire d’Encrier, 2021)
Un thé dans la toundra – Nipishapui nete mushuat, édition bilingue innu/français (Mémoire d’encrier, 2013)
Uiesh – Quelque part (Mémoire d’Encrier, 2018)
Nous sommes tous des sauvages, co-signé avec José Acquelin (Mémoire d’encrier, 2014)
Aimititau ! Parlons-nous !, correspondance avec José Acquelin (Mémoire d’encrier, 2008)
Michel Jean, une autre plume de talent, participe à plusieurs tables rondes et présente son dernier opus, lors de séances de signature et d’un café littéraire.
» Encore trop méconnu en France, la star des lettres québécoise redonne une nouvelle fois, avec son roman Tiohtiá:ke [Montréal] (Seuil, 2023), une voix aux peuples autochtones de son pays et clôt ainsi une trilogie sur trois générations. Dans ce roman plein d’humanité, Michel Jean nous raconte le quotidien de ces êtres fracassés, fait d’alcool et de rixes, mais aussi de solidarité, de poésie et d’espoir. «
» Issu de la communauté innue de Mashteuiatsh, établie sur la rive ouest du lac Saint-Jean au Québec, Michel Jean est journaliste d’enquête et chef d’antenne à TVA, un réseau de télévision canadien francophone. Il a publié une douzaine de livres, tous salués par la critique outre- Atlantique. Kukum (Dépaysage, 2020), son précédent roman couronné par de nombreux et prestigieux prix littéraires dont le Prix Points des lecteurs 2023, évoquait déjà la communauté innue à travers le personnage d’Almanda Siméon, l’arrière-grand-mère de l’auteur, sa kukum. »
Bibliographie
Qimmik (Libre Expression, 2023)
Tiohtiá:ke (Libre Expression, 2021 ; Seuil, 2023)
Maikan – Le vent en parle encore (Éditions Dépaysage, 2021)
Atuk, elle et nous (Libre Expression, 2021) ; Atuk (Éditions Dépaysage, 2022)
» Chaque homme a un infini « … Le grand explorateur, a rejoint la nuit polaire , nous laissant une oeuvre polymorphe pour mieux comprendre les hyperboréens chers à son coeur.
A l’occasion de l’anniversaire de Jean Malaurie, qui fêtera ses 100 ans le 22 décembre prochain, le Musée océanographique expose une sélection de ses pastels inspirés de ses missions en Arctique. Cette exposition du chercheur et explorateur français s’inscrit dans le cadre du programme de l’Institut océanographique dédié aux régions polaires. En fin d’année 2021, Jean Malaurie a fait don à l’Institut océanographique de sa collection d’objets Inuits, de ses archives et effets personnels provenant de ses 31 expéditions polaires. Les visiteurs peuvent découvrir une partie de cette collection présentée dans le cadre de l’exposition « Mission Polaire ».
Pionnier de l’exploration arctique française, chercheur, scientifique, écrivain, éditeur, cinéaste et indéfectible défenseur des peuples Inuit, Jean Malaurie, a vécu en immersion parmi eux au Groenland. Il cultive également une véritable fibre artistique depuis une quarantaine d’années en réalisant des pastels pour partager sa vision personnelle de ce monde polaire et notamment de la nuit polaire qu’il affectionne tout particulièrement. En effet, la contemplation du monde polaire a fait partie intégrante de son travail. Jean Malaurie révèle à travers son exposition Arctic Twilight, cette passion artistique et transmet au public à travers elle des enseignements qu’il aura appris du peuple Inuit : savoir regarder, méditer et se laisser pénétrer par la force de la nature. Après la parution d’un ouvrage aux éditions El Viso intitulé Crépuscules arctiques, l’exposition Arctic Twilight proposée au Musée océanographique de Monaco donne à voir les pastels inspirés d’un homme singulier qui attache une importance particulière à l’émotion.
« Novembre 1950 : je suis, un soir, sur mon traîneau à chiens. Dans la nuit polaire, à la lumière de la lune, je reviens par le détroit de la Baleine, faisant route vers ma base de Siorapaluk. (…) Tout ce qui m’entoure m’apparaît noir anthracite. Je suis seul pour la première fois, et à la commande de mon attelage. (…) Je progresse, joyeux de cette liberté nouvelle, dans le désert polaire, après avoir surmonté de grandes difficultés aux prises avec ce couple complexe qu’est l’homme et son attelage. J’avance sur une mince glace de trente centimètres d’épaisseur, au-dessus d’une mer profonde de mille mètres. Les Esquimaux m’ont bien recommandé de ne pas m’approcher des caps où la glace est plus mince – mais comment les reconnaître dans la nuit lunaire ? Les crevasses peuvent s’y ouvrir brutalement et beaucoup s’y sont perdus. Néanmoins, j’éprouve un sentiment d’heureuse détente, tant l’unité avec mes chiens est forte… Je la ressens comme une grâce qui me rend invincible et je chante du grégorien, tentant aussi de me remémorer les phrases musicales, dans leur continuité, de la sombre ouverture de Don Giovanni. L’odeur forte de peau de bête de ma qulitsaq et de ma propre sueur monte à mes narines. Je ferme les yeux. »
Les derniers rois de Thulé
Un jour de 1951, Jean Malaurie vit « basculer un monde de l’âge de pierre à l’âge atomique ». Il venait de déboucher, avec ses « camarades » inuits, au sommet d’un glacier, dans le nord-ouest du Groenland. Un des camarades lui toucha l’épaule. « Regarde, étranger ! » En contrebas, dans la plaine de Thulé, s’étendait « une cité de hangars et de tentes, de tôles et d’aluminium, éblouissante au soleil dans la fumée et la poussière », racontait-il au Monde en 1993. L’armée américaine déployait les installations d’une base militaire dans ce lieu qui fut l’un des plus déserts au monde, à 1 500 kilomètres du pôle Nord.
De ce « spectacle inouï », « shakespearien », qu’il n’a cessé d’évoquer dans des livres, des documentaires, des entretiens, procède une grande part, sans doute la plus essentielle, de cette longue aventure qu’a été la vie du géographe, explorateur et éditeur Jean Malaurie, mort à Dieppe (Seine-Maritime), à l’âge de 101 ans, comme l’a annoncé son fils, Guillaume, lundi 5 février. Ne serait-ce que parce qu’elle l’a poussé à écrire un récit à succès, Les Derniers Rois de Thulé (Plon, 1955), où il raconte les mois qu’il venait de passer, seul, au milieu des Inuits et proteste contre le « choc colonialiste » que représentait le surgissement des militaires américains. Ce livre était le premier d’une collection – aujourd’hui encore éditée par Plon – qui allait renouveler le regard et l’écriture anthropologiques : « Terre humaine », que Jean Malaurie a dirigée jusqu’en 2015.
Il était né le 22 décembre 1922 à Mayence, en Allemagne, où son père, agrégé d’histoire, œuvrait au rapprochement entre Allemands et Français dans le cadre de l’occupation française de la Rhénanie. Au retour de la famille en France quand il a 8 ans, il reste imprégné par l’atmosphère féerique des rives du Rhin, les châteaux, les forêts, les légendes, les chants qui ont bercé sa petite enfance. Premier ailleurs, propice à la rêverie, à l’éveil d’un désir de départ qui l’animera sa vie durant. Son père meurt en 1939. Jean Malaurie a 17 ans. Il en a 20, en 1943, quand, élève de classe préparatoire à Paris, il est mobilisé pour le service du travail obligatoire, auquel il se dérobe. A la fin de la guerre, sa mère meurt à son tour. Il est seul. Sa vie commence. En d’autres termes : il peut enfin sortir de la rêverie, et partir pour de bon. Il ne reviendra plus guère.
« Ethno-historien » du Grand Nord
C’est à l’Institut de géographie de Paris, où il a repris ses études à la Libération, que l’occasion lui en est offerte. Les Expéditions polaires françaises, dirigées par Paul-Emile Victor, ont besoin d’un géographe. Il les rejoint au Groenland pour deux missions, en 1948 et 1949, en tant qu’attaché de recherche au Centre national de la recherche scientifique (CNRS), avant de partir, en solitaire, dans le désert du Hoggar, en Algérie, en 1949 et 1950. Géomorphologue, c’est-à-dire spécialiste des formes du relief terrestre, il étudie les pierres, les éboulis, spécialement en milieu extrême – très chaud, ou très froid, comme au Groenland, où il retourne en 1950-1951, en solitaire, avec quelques subsides du CNRS.
C’est pendant ce séjour qu’il découvre la base américaine et se lie, à jamais, avec le peuple inuit. Mais il est toujours là pour étudier les pierres ; ses travaux seront au cœur de sa thèse de géomorphologie, soutenue en 1962. De la pierre à l’âme : le titre de ses Mémoires (Plon, 2022) résume le virage qu’il est pourtant en train de prendre. Il disait, en novembre 2022, au Journal du dimanche : « La rencontre physique avec les Inuits (…) a transformé la connaissance que je croyais avoir de moi. (…) C’est une sorte de retour à ma véritable identité. »
La science l’a amené aux Inuits, mais la nature du lien qu’il a noué avec eux relève d’une passion qu’il exprimera le plus souvent sur un registre personnel et à travers son engagement pour la préservation de leur culture et de toutes les sociétés « traditionnelles ». De ces dernières, il disait à Télérama, en 1995, que l’humanité devait les écouter pour connaître « un deuxième souffle », car elles « ont su conserver une dimension spirituelle ». Ambassadeur de bonne volonté de l’Unesco chargé des questions polaires arctiques, président d’honneur de l’Académie polaire, en Russie, il s’est démené toute sa vie pour les défendre.
Orgueil farouche
Que pèsent, en regard, ses travaux d’anthropologue, ou, comme il aimait se définir, d’« ethno-historien » du Grand Nord ? Sa carrière de chercheur, au CNRS et à l’Ecole des hautes études en sciences sociales, jusqu’à sa retraite en 1992, paraît représenter une réponse suffisante. Mais la communauté des spécialistes des Inuits a régulièrement émis des doutes sur leur sérieux. Ainsi, en 1981, quatre universitaires français et canadien, dont Joëlle Robert-Lamblin, coautrice avec Paul-Emile Victor de l’ouvrage de référence La Civilisation du phoque (Belin, deux tomes, 1989, 1993), publient dans LeMonde un courrier dans lequel ils accusent Jean Malaurie d’entretenir des « illusions lourdes de conséquences pour la portée et la vérité de son message ».
Illusion sur la langue : sa maîtrise du groenlandais s’arrêterait, selon eux, « à la pratique d’un jargon rudimentaire truffé de barbarismes », comme le montreraient les passages de documentaires où il apparaît en compagnie d’Inuits. « On est loin, dans ces documents “sur le vif”, des superbes dialogues » publiés dans Les Derniers Rois de Thulé, ajoutent les signataires. Illusion, aussi, affirment-ils, sur les « 31 missions » au Groenland, au Canada ou en Sibérie qu’il a souvent revendiquées : « En dehors de quelques zones très circonscrites (…), l’auteur n’a fait que de brefs passages dans les autres ou même n’y est pas allé du tout. »
En 1999, Jean Malaurie répondait dans Le Monde, avec l’orgueil farouche qui était sa marque : « L’intelligence subit des outrages et jalousies effroyables. » Mais dans Libération, en 2005, il déclarait également : « Je n’ai jamais aimé l’université, sa dispense parcimonieuse et hiérarchique des savoirs. » Ce même orgueil l’empêchait sans doute de sortir de l’ambivalence entre ces deux réponses, en reconnaissant que son champ de prédilection, en matière anthropologique – il en va tout autrement de son rapport à la géomorphologie –, n’était pas celui de la connaissance rigoureuse, et que même un homme aussi brillant que lui ne pouvait triompher partout.
Ses meilleurs livres témoignent de son goût pour les interstices sensibles du savoir, davantage que pour le savoir même
Il recueillit certes, à la fin de sa vie, ses articles de recherche dans les trois volumes d’Arctica (CNRS Editions, 2016-2020). Mais ses meilleurs livres, des Derniers Rois de Thulé à Hummocks (Plon, 1999), témoignent, à côté de ses textes militants, comme Terre mère ou Oser, résister (CNRS Editions, 2008 et 2018), de son goût pour les interstices sensibles du savoir, davantage que pour le savoir même, et de ce qu’il mit en permanence de personnel, d’intime dans son rapport au Grand Nord. Un engagement de tout son être qui donne à son travail, au-delà d’une permanente exagération de sa portée scientifique, son indéniable grandeur.
Une grandeur que « Terre humaine » porte à son plus haut degré. La collection qu’il a dirigée durant soixante ans constitue, à l’évidence, l’œuvre majeure de Jean Malaurie. De Tristes tropiques, de Claude Lévi-Strauss (1955), au Cheval d’orgueil, de Pierre-Jakez Hélias (1975) – ses deux succès les plus spectaculaires –, son catalogue répond autant que les livres de son fondateur au besoin d’ancrer la découverte du monde dans l’expérience individuelle du chercheur ou du témoin. Entremêlant travaux ethnologiques plus classiques, récits de recherche et récits de vie, « Terre humaine » n’a cessé d’accueillir à la fois le savoir et ses marges, les découvertes et leurs débordements dans la vie du savant. A Télérama, en 1995, l’éditeur expliquait avoir toujours eu en tête, pour sa collection, « un auteur qui cherche à être le plus fidèle à son intensité de vie », capable de traduire « une inquiétude personnelle, une hauteur d’âme ».
Quarante ans plus tard, fin 2022, il disait au Journal du dimanche : « J’essaie, de toutes mes dernières forces, de ne pas être infidèle au sens que j’ai donné à ma vie. » Quel sens, ou quels sens multiples, donna-t-il à cette vie tumultueuse et passionnée ? Il y en eut trop, peut-être, depuis le jour où, à Thulé, il fut propulsé au cœur du monde inuit, pour qu’il soit désormais possible de répondre. Une chose est sûre : cette promesse-là a été tenue.
Jean Malaurie en quelques dates
22 décembre 1922 Naissance à Mayence, en Allemagne
1948 Première expédition au Groenland
1951 Avec l’Inuit Kutsikitsoq, ils sont les premiers à rejoindre le pôle géomagnétique Nord
1955 Création de la collection « Terre humaine », éditée par Plon
1990 Première expédition franco-soviétique en Tchoukotka sibérienne
Le scientifique, explorateur et écrivain, s’est éteint à l’âge de 101 ans. Celui qui fonda la collection « Terre humaine » a toujours défendu les Inuits et les minorités en général.
Il aura consacré sa vie au Grand Nord et à ses habitants, qu’il a défendus avec une ardeur intacte jusqu’à la fin. L’ethnologue et éditeur Jean Malaurie, inlassable avocat des «peuples premiers», particulièrement du Grand Nord, est décédé à Dieppe (Seine-Maritime) à l’âge de 101 ans, a annoncé lundi son fils Guillaume à l’AFP.
Il était un de ces hommes que l’on classe difficilement dans une case. Géologue et anthropogéographe, cartographe et écrivain, aventurier et fondateur de la fameuse collection de livres «Terre humaine », chez Plon, il racontait sa vie comme une épopée. Il y avait en effet de cela dans l’existence de ce colosse à l’épaisse tignasse, une force de la nature qui apprit à résister aux hommes et aux éléments pendant la guerre d’abord, puis au contact intime des Inuits du Groenland.Jean Malaurie était né le 22 décembre 1922 à Mayence, en Allemagne, à 40 kilomètres de Francfort, alors occupé par les Français après la défaite de 1918. Son père est professeur de lycée. Vétéran de la Grande Guerre, blessé près de Verdun, il est resté un officier de liaison pour l’armée, « un janséniste à l’humeur sombre », pour son fils. Jean Malaurie évoquait une famille « sévère et triste », mais une enfance « gaie et heureuse » en Allemagne. Son père lui rapporte les légendes du Rhin, qui marquent profondément l’imaginaire du gamin. Il se souvenait aussi de l’attraction qu’exerça sur lui le carnaval de Mayence, première expérience d’une tradition archaïque, et de la lecture assidue des romans de James Fenimore Cooper.
Quelques années plus tard, sa mère le rêve en diplomate. L’élève studieux prépare le concours de l’ENS au lycée Henri-IV à Paris quand la guerre s’en mêle. Sommé de rejoindre l’Allemagne dans le cadre du STO, il refuse net. « Les études, Kant, Hegel, tout cela m’a paru dérisoire. Qu’est-ce que l’intelligence sans morale ? Pour moi, il était intolérable d’être vaincu », racontait-il au Figaro en décembre 2015. « Ma famille était pétainiste », ajoutait-il durement. Lorsqu’il entre en résistance, il est déclaré persona non grata à la maison. La rupture avec son monde date de cette époque. Après la guerre, il se tourne vers les sciences, la géologie plus exactement, discipline concrète, et s’intéresse aux peuples premiers, chez qui tout reste à découvrir. « Je n’aimais plus l’Occident, et mon instinct me disait que j’étais comme eux. Peut-être à cause de mon atavisme écossais, un héritage de ma mère. »
Il lui faut dès lors partir et l’occasion se présente en 1948, lorsque Paul-Émile Victor engage ce jeune géologue dans ses expéditions arctiques. Le CNRS le missionne pour une expédition en solitaire et c’est en aventurier, accompagné d’un Inuit, qu’il atteint en traîneau à chien le pôle géomagnétique Nord en mai 1951, cinquante-six ans après l’Américain Peary. Il est alors le premier Européen à y parvenir. La même année, il découvre Thulé, sur la côte nord-ouest du Groenland, et débusque, en pleine guerre de Corée, une base nucléaire américaine installée sur le territoire ancestral des Esquimaux. Il s’insurge contre cette occupation dans son premier livre, qui est aussi un manifeste, Les Derniers Rois de Thulé, rédigé en 1955. Il y relate la confrontation entre les Esquimaux et les militaires étrangers. La méthode Malaurie est à l’œuvre : le scientifique, à l’aide d’études et de statistiques, donne une parfaite représentation de cette terre, et l’écrivain, en vivant parmi les Inuits et comme eux, éclaire cette civilisation millénaire méconnue.
En découvrant Thulé, je me suis trouvé chez moi, j’ai reconnu le milieu auquel j’aspirais.Jean Malaurie
Les Derniers Rois de Thulé deviendra l’ouvrage fondateur de la collection qu’il vient de créer chez Plon et le livre le plus diffusé au monde sur les Inuits. « Terre humaine » sera l’autre versant de son œuvre, une collection d’ouvrages rassemblant des auteurs aussi divers qu’un Indien hopi, un fils de paysan bigouden (Pierre-Jakez Hélias avec Le Cheval d’orgueil), une intouchable indienne ou un Zola reporter, qui y entre avec ses Carnets d’enquêtes. Pour cette collection « d’études et de témoignages », il va sortir Claude Lévi-Strauss de sa jungle amazonienne et du petit cercle restreint des scientifiques pointus. Tristes tropiques sera le deuxième ouvrage de la collection, avec cet incipit fameux
« Je hais les voyages et les explorateurs », un formidable succès public. Défendre la pensée sauvage, il n’en démordra plus. « Toute ma vie a porté sur le même sujet. En découvrant Thulé, je me suis trouvé chez moi, j’ai reconnu le milieu auquel j’aspirais. Je n’ai jamais été aussi moi-même qu’avec eux à cette époque. Je me souviens de Claude Lévi-Strauss me disant : je n’ai rencontré qu’un sauvage à la Sorbonne et c’est vous », se plaisait-il à rappeler.
En 1990, les Russes, qui le nommeront par la suite président de l’Académie polaire de Saint-Pétersbourg, où il fondera l’Institut de recherche avancée avec et pour les peuples autochtones, choisissent le Français pour une mission en Sibérie orientale, interdite d’accès depuis trente ans. Il s’agit d’aller étudier un site archéologique unique au monde, la « Delphes de l’Arctique ». Le scientifique, qui est parvenu à la conclusion que ces peuples rudes dialoguent avec le ciel et la terre dans une relation dynamique et cultivent mieux que nous la prescience des équilibres de ce monde, décryptera ce mystérieux sanctuaire arctique dans L’Allée des baleines (Mille et Une Nuits). Il mettra au jour leur vision spirituelle du monde et l’adoptera.
À Paris, où il recevait dans son appartement aux allures de musée des arts premiers, sa grand-croix de la Légion d’honneur accrochée au cou d’un ours polaire en céramique, il ne dédaignait pas montrer aux visiteurs les nombreuses distinctions qu’il avait reçues des autorités françaises, russes et groenlandaises. Mais il pouvait aussi rappeler avec le même ton gaillard ce que le chaman de Thulé lui avait dit lors de sa première mission (il en mènera trente-deux), quand il pensait encore, découvrant cette immense étendue blanche, que l’on pouvait quitter un territoire de glace pour un autre sans dommage : « Petit Blanc de rien du tout, nos morts sont là, nos poissons sont là », racontait-il en imitant la voix du chaman. Il resta avec eux un an, vivant comme eux dans le froid intense, ne se nourrissant que de poisson cru, les interrogeant sans relâche. Et il y retourna. C’est toujours là qu’Uttaq, le chaman, le désigna finalement pour parler au nom de son peuple et de ses dieux. Ce qu’il ne cessa plus de faire.
Publié le 05 février 2024 à 16h01 Jean Malaurie a rejoint le paradis blanc. L’Arctique, dont il fut l’un des plus grands explorateurs français, sera son tombeau. Selon ses vœux, ses cendres seront dispersées à Uummannaq, au Groenland, où pour lui tout a commencé.
Né à Mayence en 1922, une ville alors occupée par l’armée française, Malaurie voit le jour dans une famille bourgeoise et catholique où on a le culte de la République et du service de l’État. Vétéran de la Première Guerre mondiale où il fut sérieusement blessé, son père, agrégé d’histoire,enseigne au lycée de la ville. La famille retourne en France en 1930. Jean Malaurie se destine lui aussi à l’ENS lorsque, en 1939, son père meurt et qu’éclate la Seconde Guerre mondiale. Il a 17 ans et se désole de l’attitude de ses maîtres à penser de l’époque : « Le pire, pour moi, a été la trahison des élites intellectuelles, des écrivains et philosophes que je révérais. Le silence des Paul Claudel, Paul Valéry, des académiciens, et la vassalité de nos professeurs me sont rapidement devenus insupportables. Que valent les principes sans le courage, l’intelligence sans la morale ? » En 1943, il arrête ses études, refuse d’aller en Allemagne faire son service de travail obligatoire (STO) et entre dans la Résistance. Une période de sa vie qu’il n’aimait guère évoquer et dont il ne sort pas avec une haute estime du genre humain. Il reprend des études et s’oriente cette fois vers la géologie, l’étude des pierres valant largement à ses yeux la compagnie de ses semblables. Son maître, le géographe Emmanuel de Martonne, l’envoie au Groenland en 1948 comme scientifique au sein d’une exploration polaire dirigée par Paul-Émile Victor. Le contact entre les deux hommes ne passe pas, mais Malaurie a contracté le virus. Après un passage par le Hoggar, où il étudie le mouvement et la logique des éboulis, le jeune homme mandaté par le CNRS part en mission à Thulé, au Groenland, en 1950. Seul, il passe un an en immersion totale dans une petite communauté inuite dont il ignore le langage. La suite, qu’il a abondamment racontée – notamment dans Les Derniers Rois de Thulé, son grand best-seller paru en 1955 –, fait partie de sa légende. Un explorateur humaniste Aux prises avec un univers dont il ignore tout, le scientifique occidental et cartésien apprend seul à conduire un attelage de chiens, à diriger un traîneau, à se repérer sur la banquise, à construire un igloo, à échapper aux ours blancs, bref se mue en un aventurier moderne. Surtout, il découvre une société traditionnelle parfaitement adaptée à son milieu, s’initie à ses mythes et ses mystères, et apprend à son contact et à celui d’une nature brute et sauvage ce qu’être humain signifie réellement. Une épiphanie qui le fait basculer pour de bon. Fier des relevés topographiques et ethnographiques qu’il est le premier à tracer, l’explorateur se retrouve surtout investi d’une mission : protéger à tout prix l’extraordinaire singularité des peuples premiers arctiques. Et notamment contre la modernité occidentale galopante dont il anticipe, puis constate, atterré, les ravages sur ces populations plus aptes à résister au froid qu’à l’alcool et aux hamburgers. Grâce à Malaurie et à quelques autres, le regard traditionnel que l’homme blanc porte sur ces « indigènes » braves mais un peu frustes, « pas vraiment rentrés dans l’Histoire », a changé. L’« Esquimau »péjoratif de jadis est devenu Inuit, son savoir-faire comme sa cosmogonie sont uniques et remarquables, de même que son « acuité sensorielle et intime de la Nature ». Malaurie continuera ses expéditions polaires. Il en fera trente et une au total, d’est en ouest, du Canada à la Sibérie, mais toujours en Arctique. Lors de son ultime raid, en 1990, dans le détroit de Béring, à la tête de la première expédition soviéto-française, il découvre l’allée des Baleines sur l’île d’Yttygran. Point d’orgue de ses recherches, ces vestiges d’un sanctuaire érigé il y a des siècles par les populations autochtones et longtemps utilisé comme lieu de culte et d’échanges constituent, à ses yeux, la preuve ultime de l’avancée de leur civilisation. Toucher un vaste public Parallèlement à ses multiples études et articles universitaires, Malaurie, toujours animé par l’idée de toucher un vaste public, convainc les éditions Plon de lui confier une collection. Destinée à donner la parole aux populations de tradition orale qui n’y ont pas accès, à « accueillir des textes sans souci de classe, de discipline et de clocher », Terre humainevoit le jour en 1955 et est toujours en activité. Parmi la centaine de titres de son catalogue, une vingtaine d’ouvrages sont devenus des classiques (L’Été grec, Toinou, Les Poilus), voire pour certains de grands succès de librairie comme Les Derniers Rois de Thulé, Le Cheval d’orgueil, de Pierre-Jakez Hélias, et bien sûr Tristes Tropiques, qui apporte une célébrité soudaine à son auteur, Claude Lévi-Strauss. Éclectique, disruptive, admirée, mais aussi contestée et critiquée, la collection a profondément renouvelé l’approche et le travail des chercheurs en sciences humaines. L’anthropologie moderne est née et Malaurie est son prophète. Ce qui lui vaudra de nombreux titres et distinctions universitaires (directeur d’études à l’EHESS, directeur de recherche émérite au CNRS, médaille d’or de la Royal Geographical Society, président d’honneur de l’Académie polaire russe, etc.) et une reconnaissance internationale, dont il se sera servi pour mener jusqu’au bout son combat en faveur des « peuples racines ». Un attachement littéralement extraordinaire, viscéral, qui ne peut se comprendre qu’à l’aune du bouleversement que l’explorateur a subi sur place. Dans De la pierre à l’âme (éd. Plon),son autobiographie parue en 2022, une somme tout aussi décousue que riche et passionnante, il décrivait notamment sa rencontre avec le chaman Uutaaq, « qui savait que je viendrais », sa communion « vitale » avec les chiens de traîneau et ses ravissements devant les lumières et paysages uniques du Grand Nord. « Uutaaq m’a appris à ne pas être un anthropologue et un ethnographe universitaire attaché à des concepts élémentaires qui s’enchaînent, qui s’ordonnent, comme si le monde était mû par la raison occidentale selon un ordre précis : verbe, sujet, complément »… S’il ne constitue pas un cas isolé, l’éveil de ce scientifique pur et dur à d’autres états de conscience, son virage mystique et sa conversion tout entière à l’animisme sont particulièrement saisissants et constituent sans doute le plus bel apprentissage – et le plus précieux témoignage – d’un chercheur à la curiosité et à l’existence hors normes. https://www.telerama.fr/debats-reportages/mort-de-jean-malaurie-explorateur-de-l-arctique-et-anthropologue-humaniste-7019150.php
Paul PAUMIER Veille Electronique de l’Université de Rouen (VeillEUR)
The Prime Minister, Justin Trudeau, today announced that on his recommendation, Her Majesty Queen Elizabeth II has approved the appointment of Mary Simon as the next Governor General of Canada.
As Governor General, Ms. Simon will be the representative of Her Majesty The Queen in Canada. She will be Canada’s 30th Governor General since Confederation, and the 13th Governor General appointed by Her Majesty during her 69 years on the throne.
Quote
“I am very pleased to announce that Her Majesty The Queen has graciously approved the appointment of Mary Simon as the next Governor General of Canada. Ms. Simon has dedicated her life to advancing social, economic, and human rights issues for Canadian Inuit and Indigenous peoples, and I am confident that she will serve Canadians and promote our shared values with dedication and integrity. Through this appointment, we are ensuring that Canada is represented by someone who exemplifies the very best of our country. I also join Canadians in thanking His Excellency the Rt. Hon. Richard Wagner, for serving as the Administrator of the Government of Canada the past few months.”
The Rt. Hon. Justin Trudeau, Prime Minister of Canada
Source :
Combien de symboles pour parvenir à la réconciliation tant espérée… ?
Throughout her distinguished career, Ms. Simon has been a tireless advocate for Inuit rights and culture, and the rights of all Indigenous peoples. Over four decades, she has held various senior leadership positions, including President of Makivik Corporation, where she helped to protect and promote Inuit rights through the implementation of the James Bay and Northern Quebec Agreement. She also served two terms as President of the Inuit Circumpolar Conference, now known as the Inuit Circumpolar Council, and as President of Inuit Tapiriit Kanatami.
As the first Canadian Ambassador for Circumpolar Affairs, Ms. Simon played a leading role in strengthening the ties between the people of the Arctic regions nationally and internationally, including through the creation of the Arctic Council. She is also the founder of the Arctic Children and Youth Foundation, and has served as the Ambassador of Canada to Denmark.
The selection was informed through the advice of the Advisory Group on the Selection of the Next Governor General. The group was mandated to deliberate and submit a shortlist of outstanding Canadians for the Prime Minister’s consideration to fill the office.
Ms. Simon has made it her life’s work to increase recognition of Indigenous rights and northern affairs. Through her diplomacy and leadership, Ms. Simon has earned the respect of many heads of governments and international organizations. She is a valued advisor on important northern issues such as sovereignty, the environment, economic development and social policy. In addition to her many accomplishments, including the negotiation of the recognition of Indigenous rights in the Constitution Act, 1982, Ms. Simon became the first Inuk to hold an ambassadorial position. She is also known as the principal architect of Canada’s northern policy. A true visionary and passionate advocate for Inuit culture, Ms. Simon is a continuous source of inspiration and is committed to the preservation of Canada’s northern identity.
Le rôle et les responsabilités du gouverneur général
En 1947, les Lettres patentes constituant la charge de gouverneur général du Canada (sous le règne du Roi George VI) donnaient l’autorisation au gouverneur général d’exercer la plupart des pouvoirs de la Couronne au nom du souverain.
Parmi les responsabilités parlementaires du gouverneur général figurent :
convoquer, proroger et dissoudre le Parlement;
énoncer le programme gouvernemental en lisant le discours du Trône;
accorder la sanction royale qui donne force de loi aux projets de loi du Parlement.
Le gouverneur général est aussi commandant en chef du Canada. Il visite les bases militaires et honore le personnel militaire canadien au nom de la Reine.
Le gouverneur général assume également des fonctions cérémonielles :
promouvoir un sentiment d’identité; reconnaître les accomplissements de Canadiens remarquables; recevoir des dignitaires étrangers;
Ma rencontre avec cette grande illustratrice conteuse, il y a plus de vingt ans désormais, fut de l’ordre du coup de coeur immédiat, évident, foudroyant. Lorsque l’on étudie les mythes fondateurs inuit, d’une belle complexité, et qu’une artiste vous prend par la main et vous guide dans leur labyrinthe, alors la compréhension devient plus légère, aérienne, poétique. Voici quelques oeuvres de la grande dame de l’Arctique canadien.
Germaine Arnaktauyok – In Return I Give Water – 2014, aquatinte
Parmi les rituels de chasse, le don de l’eau consiste à verser quelques gouttes dans la gueule du phoque sacrifié en guise de gratitude. l’animal s’est offert aux hommes pour leur survie en retour les hommes doivent remercier l’esprit de l’animal et lui rendre hommage. » A captured seal would be given int first drink of fresh water. This was done to ensure that its spirit was pleased and would return in another seal to be taken again «
Soul to Soul, 2007 aquatinte
Shaman Combing Sedna’s Hair, 2004, aquatinte
L’entrelacement des vies humaines et animales signifie l’absence de hiérachie ontologique entre les espèces et renvoie aux concepts chamaniques d’interdépendance entre les différents règnes du monde vivant.
Le chamanisme, tradition holistique née en Sibérie, rassemble différentes techniques de soins, tant sur le plan corporel que sur le plan psychique. C’est un ensemble complexe de rituels et de pratiques largement méconnu, surtout à l’ère du néo-chamanisme qui, trop souvent, n’emprunte à cette religion sans dogme qu’un aspect pragmatique de ses multiples facettes.
En parcourant les chemins de Sibérie, aujourd’hui, nous constatons que les soins de banya sont toujours très populaires et surtout très efficaces. Dans ces régions reculées où se soigner est difficile, la connaissance des plantes, et des vertus du contraste thermique ( alternance de très chaud, dans l’étuve de sudation et de très froid, roulade dans la neige ou baquet d’eau glaciale) constitue une prophylaxie traditionnelle qui maintient en santé les habitants de la toundra et de la taïga.
Ce rituel a donné naissance au sauna finlandais et rejoint, par son caractère spirituel , les pratiques de la » sweat lodge » des Amérindiens.
» Spécialement dédié aux traditions ancestrales de bien-être et aux mystères entourant les banyas, ce livre lève le voile sur les secrets de pratiques de santé – et leurs bienfaits – adoptées depuis des siècles dans la région sibérienne. Du bain de vapeur aux massages fouettés utilisant des branches de chêne ou de bouleau, en passant par les tisanes à base de plantes médicinales, cet ouvrage apporte des explications sur l’origine des bains mais aussi sur leur philosophie et les coutumes qui leur sont associées. Cet ensemble de rituels, encore d’actualité en Russie, contribue à améliorer sa santé, vivifier son énergie et élargir son horizon spirituel dans un climat convivial ou intime. «
Premier ouvrage sur ce sujet, il aborde la préparation pratique du corps, la fabrication de fagots et les techniques de friction, ce qui en fait un véritable guide qui permet à chacun de pratiquer le banya.
Dans cet univers encore trop méconnu, les auteures, Jenny G. Chevallier et Nadia Neupokoeva, souhaitent apporter une nouvelle perception du rapport entre le corps, l’énergie et l’esprit.
Jenny G. Chevallier est anthropologue spécialiste du chamanisme et de son expression dans l’art contemporain, journaliste et iconographe. Nadia Neupokoeva est thérapeute banchik. Elle est propriétaire du premier banya russe en France.
Mon ami George est parti pour le pays des chasses éternelles, après une belle vie de chercheur, archéologue, directeur de musée, … Il a vécu passionnément son amour pour l’art Haïda et pour l’art de la côte Nord Ouest, entouré d’artistes contemporains qui lui doivent beaucoup. Je ne peux écrire tant j’aurai à dire, alors je transmets juste ce que disent les journalistes.
Article de l’Ottawa Citizen par BLAIR CRAWFORD
Updated: January 30, 2020
If there is one place at the Canadian Museum of History to feel the presence of George F. MacDonald, it’s among the totems and longhouses of the museum’s Grand Hall.
Anchored by Haida sculptor Bill Reid’s plaster cast for his iconic Spirit of Haida Gwai, the Grand Hall highlights the art and craftsmanship of the West Coast First Nations MacDonald so admired. MacDonald, who spent 36 years at the museum and was its director from 1983-1998, died last Wednesday in Ottawa. He was 81.
“Those exhibits in the Grand Hall just add so much power to the place,” said architect Douglas Cardinal, who worked with MacDonald to build the capital’s showpiece museum, then known as the Museum of Civilization. “George was open to exploring all possibilities and he brought out creativity in everyone around him. It meant that you reached for the stars when you were solving problems. George would appreciate that and support you.”
Born in 1938 in Galt (now Cambridge), Ont., MacDonald studied anthropology at the University of Toronto and Yale University before being hired in 1964 at Ottawa’s Museum of Man in its castle-like building on McLeod Street. When the museum was split into two distinct collections — anthropological and natural history — MacDonald oversaw the construction and move to the newly named Museum of Civilization’s $180-million building in Gatineau.
The move was controversial, and not just because of its $11-million cost overrun. MacDonald unabashedly pushed what critics called a “Disneyfication” of the museum, using interactive displays and computers to immerse visitors in a new kind of museum experience. MacDonald insisted the museum have an IMAX theatre and in 1994 made it one of the first museums in the world to launch its own website.
”Disney is the epitome of popular culture and therefore thought to be anti-intellectual” MacDonald told former Citizen arts reporter Nancy Baele in 1987. “But people should realize the master plan for Disney includes circulating cultural treasures from European and American museums, like the Metropolitan Museum in New York and the Louvre. The intention is that in the future, people will think of Disney as a cultural broker rather than Mickey Mouse’s father.”
Not everyone agreed with the man who some called “Dr. Disney.”
“It’s a total bust,” historian James Axtell told the Citizen in 1989. “You learn nothing. Museums are built on artifacts and there are no artifacts to speak of in it. It’s a flawed philosophy that would assume the past and the present are so alike that you don’t really need to explain it.”
“He took a lot of blowback over that,” Baele said in an interview. “At the time, most museum still kept their displays behind glass panes.”
MacDonald acknowledged the criticism in an interview with the Citizen when he retired in 1999.
”It was a bit lonely, with all the press criticism we had at the beginning. But no museum had a choice if they wanted to survive in this media-savvy world. People now demand good storytelling and good production values. Museums that can comply prosper, and we have prospered.”
Mark O’Neill, the current director the Museum of History, called MacDonald a “visionary” and said much of the criticism was unfair.
“Dr. MacDonald’s vision was for a museum without walls. He was contemplating a virtual museum that anyone in the world can visit. In those days when it came to the ‘immersive museum experience’ it was cutting edge.”
With 1.2 million visitors a year, the Museum of History has become the most popular museum in Canada.
After leaving Ottawa, he took over as director of the Museum of Victoria, overseeing its construction in Melbourne Australia. Later he headed the Burke Museum in Seattle and was named director of the Bill Reid Gallery of Northwest Coast Art in Vancouver and the Bill Reid Centre for Northwest Coast Studies at Simon Fraser University.
He was a lifelong collector. He established his first museum in his bedroom when he was eight, said his daughter, Christine Doherty MacDonald. His personal library at the farm in Cantley, Que., where he had lived for half a century with his wife and childhood sweetheart, Joanne, runs to 30,000 volumes, she said.
MacDonald was also an accomplished scholar, publishing numerous works on Pacific Northwest Indigenous peoples.
“He was an extremely important advocate for Indigenous communities at a time when it was not something at the top of everyone’s agenda,” O’Neill said. “This is the 1980s — a generation before many other museums.”
The couple had two children, Christine and Grant Rice MacDonald, and one granddaughter. A noted scholar herself, Joanne died in 2018.
A memorial service will be held later this spring at the Museum of History, Doherty MacDonald said.
Les films du 3 mars sont fiers de vous inviter à la sortie en salle du documentaire NIN E TEPUEIAN – MON CRI portant sur l’artiste et militante Natasha Kanapé Fontaine. Le film sera notamment présenté à la Cinémathèque québécoise, au Cinéma du Parc, au Cinéma Moderne et au Cinéma du musée dès le 24 janvier 2020. Plusieurs événements en compagnie de Natasha Kanapé Fontaine, du cinéaste Santiago Bertolino et d’autres invités sont organisés les 24, 25 et 26 janvier prochains.
Nous reconnaissons que cet événement a lieu sur le territoire traditionnel non cédé du peuple Kanien’kehá : Ka. Les Kanien’kehá : Ka sont considérés comme les gardiens de la Porte Orientale de la Confédération Haudenosaunee. L’île dite de « Montréal » porte le nom de Tiotia : ke dans le langage Kanien’kehá : Ka. Historiquement, elle représentait un lieu de rencontre pour les nations autochtones, notamment les peuples Omàmiwininì et Algonquins.
Poétesse, traductrice, écrivaine et actrice innue, elle appartient à la communauté de Pessamit. Contre la discrimination et le racisme ( qu’elle a subi dans son enfance), elle milite pour le respect des droits autochtones, Elle est également représentante du mouvement autochtone pancanadien Idle No More avec qui elle s’engage en tant que poète-slameuse et conférencière.
« Le message qu’elle porte est celui de la rencontre des peuples et des cultures, du respect, de l’échange et du dialogue, au nom de la dignité et de l’humanité. »3
Natasha est également une porte-parole non-officielle des peuples autochtones. Elle offre une voix à ceux qui en ont pas par ses différentes apparitions publiques, mais également avec sa poésie.
Entre autre dans son poème Cri qu’on retrouve dans son recueil N’entre pas dans mon âme avec tes chaussures, publié en 2012, on peut lire un réel cri de mécontentement et de douleur que plusieurs autres personnes ont dû ressentir.
« Je suis une Amérique blessée qui a oublié le nom de sa naissance partout le mensonge de la conquête partout l’arrogance, partout l’obsession d’être le vainqueur4. »
Elle publie un deuxième recueil, Manifeste Assi en mars 2014 et un troisième recueil, Bleuets et abricots, en mars 2016, chez Mémoire d’encrier6.